Projet KLAUS

Le projet KLAUS s’inscrit dans le cadre de mon sujet de maîtrise : L’ellipse et sa négation dans le récit de soi.

Sa version finale est visible dans la section consacrée à l’exposition Me, Myself and I

Une des grandes questions de mon histoire personnelle est celle de l’identité du père de mon père. Le secret a été gardé par ma grand-mère pendant des décennies et mon père lui-même n’a jamais cherché à connaître la réponse à cette question.

Je suis le seul à savoir aujourd’hui la véritable identité de cet homme, confiée par ma grand-mère au Noël de ma 22ème année, après 55 ans de silence.

Cependant, cette question est restée pendant très longtemps sans réponse pour moi.

J’ai appris à 7 ans, par ma mère, que mon grand-père paternel n’était pas mon véritable grand-père, même année d’ailleurs où celui-ci me confiait que le Père Noël n’existait pas.

Bien que cette nouvelle n’ait eu aucun impact sur l’amour que je portais pour mon grand-père « de cœur », le fait de ne pas avoir de lien de sang complet avec le reste de la famille me faisait poser des questions sur mes origines : mon père était-il un bâtard ? mon grand-père était-il un salaud ? Avait-il abusé de ma grand-mère ? Étais-je le résultat de violence et de tabous ou bien d’un amour interdit ? Tout ce que je savais, c’était que cet homme avait vécu en tant que jeune adulte la Seconde Guerre Mondiale. C’est naturellement que la question du bord politique se posait.

Quand j’étais petit, celui qui se déguisait en Père Noël, c’était mon grand-père de cœur.

Le rapprochement était fait entre une figure « paternelle » se déguisant et se substituant par la même occasion en un personnage qui n’existe pas, le Père Noël, symbole ultime de la mythologie paternaliste, et la figure d’un « véritable » grand-père, absent, invisible, et intangible.

Ainsi naît le Projet KLAUS.

Klaus, pour Santa, Klaus pour Barbie.

Le projet se développe sous deux formes :

La première, celle de multiples moulages en mousse expansive flexible, tirés à partir d’un moule à gâteau à l’effigie du Père Noël d’environ 20x30cm trouvé en friperie.

Cette itération, KLAUS (I), utilise le moule, la coquille vide, comme matérialisation de l’ellipse, ici au sens de manque à combler. Vide que l’on cherche à colmater de façon frénétique, totale et acharnée par de la mousse expansive et isolante, flexible, malléable mais revenant toujours à sa forme initiale.

Chacun de ces objets est marqué d’un code barre, identique pour tous, qui, contrairement au rôle classique du numéro de série, nie ainsi leur singularité en tant qu’objet unique au sein de la production de masse. Semblant identiques, chacun a en réalité des défauts qui en font l’unicité.

La deuxième, KLAUS (II), est une série de 9 photographies me présentant aux côtés de différents Pères Noël de centres commerciaux. Ces photos s’illustrent comme hybride entre photos de performances et autoportraits, utilisant le photographe embauché par le centre d’achat comme photobooth humain.

Cette seconde itération représente la quête absurde et perdue d’avance de la vérité, à travers celle d’une « vraie » figure paternelle, du « vrai » Père Noël. L’effet voulu est un certain malaise, un rire nerveux en voyant un jeune homme adulte assis sérieusement seul sur les genoux de multiples hommes déguisés, tous semblables mais tous différents, de façon sérielle.

Si ce projet persiste, je finirais peut-être un jour par me faire photographier en tant que vrai vieillard sur les genoux de faux vieillards.